La tragédie de Gabaudet :
8 juin 1944

L'imprimerie
clandestine des FTPF

Figeac et le Ségala (janvier-juillet 1944)

Chronologie de résistances et de répressions

Frayssinet-le-Gélat :

mai 1944

La Résistance dans le Lot

L'avancée de la division
Das Reich : juin 44

Gourdon,
le 28 juin 1944

Combat à Gigouzac,

30 juin 1944

Cahors libéré

Le Musée du Louvre dans le Lot

Le Musée de la Résistance à Cahors

 
©   Quercy.net 2007-2008

 
 


Cahors libéré

Extrait de la revue Les Etoiles du Quercy, N° 2, Imprimerie Coueslant, Cahors, 1944.
(Archives Départementales du Lot, 3 PER 4/2)

 


GMR arrêtant une voiture

Contrôle des papiers
 

Colonel Gelhof, chef des troupes d'occupation dans le Lot en 1944

 

Sturmscharführer Henri Jensen,
chef de la Gestapo de Cahors

 


Barrages sur le pont de Cabessut

La foule après la Libération de Cahors
 

Balcon de l'hôtel de ville de Cahors
 

Libération de Cahors - Jean Lurçat ("Bruyères"), au centre Maurice Gay un des responsables du Parti Communiste Lotois et René Andrieu ("Capitaine Alain")

Libération de Cahors - Mgr Dablanc, vicaire-général, Waldeck-Rochet, secrétaire du Parti Communiste, M. Teyssere, Maire de la ville et à l'extrème droite, le préfet Robert Dumas


Le préfet Robert Dumas ("Paul") et le Colonel "Georges" (Robert Noireau)
 


Appel à la population du département après la libération de
Cahors
 


LA LIBÉRATION
DE CAHORS

 

L'activité des maquis a pris une intensité maximum depuis le débarquement allié. La ligne de chemin de fer Paris-Toulouse est coupée, les communications téléphoniques et télégraphiques interrompues, la RN 20 rendue inutilisable entre Cahors et Brive. De ce fait la garnison allemande de Cahors ne sort plus de la ville, à l'exception de quelques patrouilles effectuées aux abords même. La cité est devenue pour eux un camp retranché, barrages et chicanes ayant été dressés aux entrées.

Dès le 16 août, les FTP-Vény, placés sous le commandement de "Georges", prennent leurs dispositions pour continuer la lutte et libérer Cahors, seule ville encore tenue par l'ennemie. Les troupes assurent le maintien de l'ordre dans le département et prennent ainsi position sur les principaux axes d'accès à la ville.

Personne ne peut prévoir l'attitude de la garnison allemande, composée de plus de 700 hommes, même si les moyens de la Résistance sont suffisants pour obtenir sa reddition. Mais cette solution a été écartée par l'état-major, en raison des risques en vies humaines et les destructions inévitables qu'une telle action aurait entrainées. De nombreuses unités de maquisards prennent position autour de Cahors.

Le 17 les Allemands quittent la ville à 15 heures pour rejoindre Montauban. A la tombée de la nuit, ce même jour, le colonel Georges et le commandant Raymond (Picard), font leur entrée dans la ville, accompagnés de Alain (René Andrieu), Dominique (Maurice Défenin), Marcel (Faurant), Papy (René Darses), Paul (Robert Dumas), Gilbert (Bru) et d'autres membres de l'état major départemental.

Le préfet de Vichy Empetaz laisse naturellement Paul ("le préfet des bois") s'installer à sa place.  Une importante réunion a lieu à la Préfecture, présidée par Robert Dumas, et d'importantes décisions sont prises concernant la sécurités des habitants, le ravitaillement, le fonctionnement des différents services, la réquisition d'un certain nombre d'édifices publics et de quelques hôtels, ceci pour les besoins des services, organismes civils et militaires. Ce nom de "Paul" (Robert Dumas), - représentant le Gouvernement Provisoire - associé à celui de "Georges" (Robert Noireau), - Chef d'Etat-major des FFI du Lot - sont ceux que les Cadurciens découvriront le 18 août au matin au bas d'une affiche qui annonçant la libération du département, promet le châtiment des traitres dans l'ordre et recommande le calme.

Le 18, quelques accrochages auront lieu au sud de Cahors, entre des trainards de l'armée allemandes et des groupes de FFI lancés à leur poursuite. Une vingtaine d'Allemands seront ainsi capturés.

L'état-major s'installe à l'hôtel des Ambassadeurs et le Comité de Libération à la Préfecture. Trois jours après, tous les services fonctionnent normalement et l'ordre règne. Le 19 au soir, un ordre du colonel Serge Ravanel, chef régional des FFI, désigne le colonel Georges pour rejoindre Toulouse. Il partira le lendemain à la tête d'un important contingent de près de 1500 hommes pour se mettre à la disposition des autorités toulousaines.

Un tribunal militaire siégea régulièrement et quinze miliciens traitres, furent condamnés à mort et la sentence fut exécutée le 21 août à la Caserne Bessières. Il faudra ajouter l'exécution de six autres miliciens, le 14 septembre, au camp d'Herbouze, après jugement du tribunal militaire de campagne en date du 16 août.
[Sources :
Musée de la Résistance, Cahors Ombres et espérances en Quercy, 1940-1945, R. Picard et J. Chaussade, Les Editions de la Bouriane, Gourdon, 1999. - Ma résistance, Mémoires, Gilbert Verdier, 2003. - Le temps des partisans, Colonel Georges (Robert Noireau), Flammarion, Paris, 1978.]
 

 

Le boulevard Gambetta a vu bien des cortèges, lamentables ou heureux, tristes ou glorieux : l'exode des Belges en mai 40, les troupes françaises en juin 40, l'invasion nazie en novembre 42, la revanche des F.F.I. et leur départ pour le Front en septembre 44. Gambetta assiste du haut de son socle de pierre à ce ressac des foules portant dans leurs rangs, tour à tour la fidélité et le reniement de sa grande leçon. Mais son cœur de bronze n'a-t-il point battu le jour d'août où, pour la première fois depuis deux années bien longues, une troupe de partisans véritables a défilé devant lui, portant le drapeau tricolore ? Défi permanent  à l’abdication et à la complaisance, Gambetta fut pour Cahors le signe de la Résistance et de la continuation occulte de la lutte, et ce drapeau tricolore de fortune a semé sur tous les hauts sommets de Cahors les flammes françaises revenues sur notre horizon.

 

Qui oublierait ces pancartes de bois où s’inscrivaient en lettres gothiques les noms des services hitlériens ? Les barbelés et les chevaux de frise, les chicanes où veillaient des visages de cuivre cernés par l’uniforme vert ? Fermons les yeux, pensons que ce décor qui fût trop longtemps celui de la vie cadurcienne, évoquons les tristes figurants du spectacle, sa lugubre toile de fond ? Ces ombres sont chassées désormais, mais ont-elles fini de nous hanter ?

 

1943-44. L’employé qui se rend à son travail doit, s’il a le malheur d’habiter les faubourgs, mettre pied à terre à l’entrée de la ville et se prêter aux questions indiscrètes des Mongols, membres provisoires de la race des seigneurs ; il poursuit son chemin, croise une patrouille de gendarmes verts qui le dévisagent. Rue Wilson, pied à terre encore une fois ; brimade plutôt que nécessité. Notre homme débouche sur le boulevard, jette un coup d’œil sur la boutique où les antiquaires de la L.V.F. achètent d’occasion les consciences usagées ; s’il lui reste quelques minutes, il peut flâner devant la vitrine de la propagande de Vichy : Cahors, comme toute ville française, met à la disposition du touriste une série de souvenirs et de cartes postales ; une vue de la cravate blanche de M. Laval, des dents gâtées de M. Henriot, de la moustache de M. Darnand. Pour lire en chemin de fer, voici les explications en 50 pages de ce que sont respectivement, un Juif, un Franc-Maçon, un Communiste. L’employé a un petit sourire triste, il presse le pas. A son bureau, il pense, à la vue du volumineux courrier de l’administration centrale, que son petit garçon manque de cahiers, mais qu’il a du papier pour la rédaction des notes en cas de débarquement allié, pour celles qui prévoient son départ prochain pour participer dans une usine à la défense de la forteresse européenne, pour celles qui expliquent comment il faut dépister les terroristes, pour celles qui élaborent de nouveaux rationnements de la population.

 

Midi. Il achète son journal. « Les alliés sont anéantis. Repli sur des positions préparées à l’avance. Stratégie en hérisson » ; ces trois thèmes sont développés en de longues colonnes avec le plus grand sérieux. Notre employé expédie son maigre reps en pensant que les marchands de bestiaux vendent aux Boches de la viande qu’ils ont réquisitionnée chez les cultivateurs du petit village où il est né. Justement, ses parents lui ont écrit qu’un beau parleur a discouru un jour sur le péril bolchévique ; puis que, quelques semaines plus tard, une colonne allemande est survenue à la suite de cette estafette et qu’il y a eu pillage, fusillades, pendaisons. La ferme de ses parents a en partie brûlée.

 

L’après-midi, il aperçoit par les fenêtres des grands hôtels de la ville et à la terrasse des cafés des officiers boches vautrés dans des fauteuils. Le soir, au programme des cinémas, films nazis avec des acteurs dont il ne peut déchiffrer les noms. Il aperçoit sur le chemin du retour une patrouille qui emmène un civil. La nuit il entendra au loin des coups de feu.

 

Le cauchemar est-il donc fini que l’exilé rentrant de Cahors soit accueilli par un poste de garde de soldats en kaki qui boivent du vin rouge dans des quarts en métal ? Les chicanes sont abattues, elles n’ont laissé sur le sol que d’épaisses lignes blanches de ciment. Les chevaux de frise se rouillent dans un fossé. La carcasse d’un char Tigre est affalée dans un bas-fond, elle est renversée sur le dos comme un gros insecte qui montre son ventre et ses pattes. Les poteaux indicateurs des occupants ont servis à faire du feu dans les cuisines des F.F.I. Et partout du bleu, du blanc, du rouge.

 

On rencontre des amis amusés de se voir, du jour au lendemain, transportés d’une ferme délabrée au milieu des bois jusque dans les hôtels d’où ils ont chassés les boches. Les passants n’ont plus l’air traqué, méfiant. Ils tiennent à la main les journaux dont les titres sont des revanches sur quatre années de tyrannie : Liberté, Victoire, République. Ils entrent dans le hall d’informations de la Mairie pour y contempler un miroir, celui de leur vie, de leurs peines et de leurs joies, de leur lutte et de celle de toutes les villes de France. Non des mots d’ordre imposés, mais des reflets de leur pensée et de leur action, et par-dessous tout cela, voici des reproductions de grands tableaux de maîtres, images pures et sereines de l’art et de la culture chassant les épaves et les décombres de la barbarie.

 

Au Théâtre municipal, ce sont deux moments parallèles de l’histoire de la Liberté Française qui furent célébrés. Des textes qui jusqu’ici étaient demeurés dans la clandestinité, les copeaux d’or que les écrivains résistants laissaient chaque nuit tomber de leur établi ; ils étaient récités ce soir-là dans un silence où les mots retrouvaient leur pureté. L’auditeur lisait sur les feuillets qu’il tenait à la main la trame de la colère, de la joie, de la fierté dont l’émotion faisait parfois, sur les lèvres des récitants, trébucher les vocables. La toile de fond, une tapisserie de Jean Lurçat, flambait aux couleurs d’un soleil et d’un coq rayonnants au filigrane du poème d’Eluard : « Liberté ».

 

Petits cahiers multicolores, vous que les revues clandestines imprimaient, vous qui avait été conçus dans les camps, dans les prisons, dans la douleur, vous avez attendu, pour toucher l’immense auditoire de la France, le déferlement de ceux dont vous portez sur vos couvertures les initiales : les Francs-Tireurs Partisans du Lot, Aragon, Eluard, Léon Moussinac, Jean Lurçat, messages de poésie, d’amour et d’union que les Etoiles du Quercy lancent sur les fils rétablis des lignes sabotées de la culture française.

 

Tandis qu’au Théâtre, Jean-Robert Benoit expose l’action du Front National, le Révérend Père Coulet rassemble à la Cathédrale les patriotes chrétiens.

 

Union du Quercy, union de la France ; le Lot, producteur de tabac, a voté par le canal du Comté de Libération, l’envoi au peuple de Paris, pauvre en gauloises bleues, de vingt-cinq tonnes de tabac ; le reportage filmé de la libération de la capitale par les F.F.I., ces images du départ de l’occupant, des barricades érigées par le peuple parisien en bras de chemise a rencontré le souvenir que chaque Cadurcien garde du jour où, pour la première fois, il a acclamé au balcon de l’hôtel de ville, son Comité de Libération.

 

La chasse à l’homme au petit jour, les exécutions rapides dans un terrain vague, la torture, l’espionnage et la délation, ces méthodes nazies sont mortes. Le Tribunal siège au grand jour et le Commissaire du Gouvernement étudie les dossiers devant le clou où les policiers de la Gestapo accrochaient leurs victimes pour les supplicier. A l’entrée de l’ancienne Usine à tortures, une sentinelle de l’armée F.F.I. monte la garde. Les Patriotes ont chassé leurs bourreaux.

 

Avec une diabolique volonté de souillure, les soldats ennemis avaient choisi un local du lycée de jeunes filles pour y loger leurs filles publiques. Les Mongols posaient pour la statue de la guerre, en faction à la porte de ce repaire de courtisanes, dont les officiers redoutaient, à tort, l’enlèvement. Les lycéennes y rapporteront le vrai visage de la nature et de la France.

 

Là où s’affichaient jadis d’hypocrites témoignages qui travestissaient l’esclavage des déportés en un enviable pays de Cocagne, l’héroïque Parti qui compte tant de victimes, tire de leur clandestinité les pages courageuses et prophétiques où l’imposture fut démasquée.

 

 

Les F.F.I. se reposent de leur vie dangereuse en regardant passer devant le Foyer du Soldat les belles filles de France. Il faut que les lieux qui ont servis si longtemps à l’Etat-Major de l’esclavage et de la trahison, retrouvent au contact du Maquis l’empreinte de la France, que les hôtels des officiers, les cafés où étaient mouchardés les Patriotes servent aujourd’hui, pour se purifier, à l’action de la reconstruction. A l’Hôtel de l’Europe sont installés les services du Front National ; aux stocks allemands du marché noir ont succédé des réserves inépuisables de bonne volonté et de camaraderie.

 

Les écrits de la résistance, les pamphlets, les revues, les journaux clandestins ont remplacé chez les libraires les livres de la propagande germanique. Les hommes retrouvent leurs groupes, leurs partisans, leurs locaux, leurs réunions. Le drapeau français flotte sur la Barbacane. Dans une rue silencieuse, près d’un mur couvert de lierre qui file vers une église roussie par le temps, une de ces rues de la Vieille France où l’on rencontre chaque jour le cousin Pons ou le curé de Tours, demeure encore sur une façade historique une enseigne qui dupa bien des bonnes volontés ; oui, la Légion française des Combattants du Lot siégea dans l’immeuble où Gambetta et ses camarades élaborèrent la République !

 

Il n’y a plus de couvre-feu ; à leur place d’où furent délogées les voitures d’Hitler, les feuillages prêtent leurs ombres aux couples.

 

L’homme qui veille aux portes de la ville reconquise n’oublie pas l’étoile des routes du Lot, l’immense étoile des routes de France, les roues de fer qui ont meurtri sa terre natale mais qu’il a su broyer de sa main.

 

Pierre Mazars

 

 

EFFECTIFS
DES TROUPES ALLEMANDES
DANS
LE DÉPARTEMENT
DU LOT


La Wermacht arrive à Cahors le 11 novembre 1942, lors de l'occupation de la zone dite "libre", consécutive au débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre.
Une petite garnison reste à Cahors et réquisitionne une vingtaine de chambres à l'Hôtel Terminus et chez l'habitant à Cabessut pour des officiers et des soldats.
En novembre 1943, le Préfet du Lot donne ordre au maire de Cahors, de loger quatre officiers, neuf sous-officiers et une quarantaine d'hommes. La raison en était, le transfert à Cahors de la compagnie de guet de sécurité aérienne publique stationnée à Tarbes. L'effectif augmenta peu à peu.

Début 44, il y a à Cahors quatre cent hommes de la Wermacht, cinquante Feldgendarmes, vingt agents de la Gestapo et vingt cheminots.

A Figeac il y a dix cheminots. A Gourdon et à Souillac également.
Début avril 44, deux cent cinquante Mongols, viendront renforcer la garnison cadurcienne en réquisitionnant une partie des lycées Clément-Marot et Gambetta.

L'effectif total des troupes à Cahors, sera de sept cent quarante hommes et dans le département trente cheminots répartis à Figeac, Gourdon et Souillac, soit environ sept cent soixante-dix hommes.

Ce nombre ne prend pas en compte les troupes en déplacement dans le département pour des actions de répressions, ou au moment de la remontée vers le front de Normandie.

(Source : Musée de la Résistance, Cahors)


 

 

 


Haut de la page


Quercy.net