Les carrières de la mémoire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Quercy.net, 2000-2001

« De ces feuillets défroissés, répandus, il semble que s'exhale dans le silence le parfum de vies depuis longtemps éteintes. C'est vrai que la présence demeure forte de l'homme qui, huit cents ans plus tôt, s'est saisi d'une plume d'oie, l’a trempée dans l'encre, a commencé d'aligner les lettres, posément, comme on grave une inscription pour l'éternité et le texte est là, devant soi, dans sa pleine fraîcheur ....» écrit le professeur Georges Duby dans son œuvre L'histoire continue.

Nous partageons son émotion lorsque nous pénétrons aux archives diocésaines de Cahors. Des centaines de liasses de papiers, fragments de la mémoire vive, sont rangées méticuleusement sur les murs. Matériaux bruts, elles attendent qu'un historien leur rende l'âme et leur redonne vie. Elles demeurent à la disposition du chercheur qui leur accordera du sens et les revitalisera par l'intermédiaire de problématiques savantes et de constructions de l'esprit. Une ambiance de bibliothèque du Moyen Age émane alors de ce lieu de mémoire. Tout semble immobile et figé par le poids du temps. Les pupitres, les vieux bureaux d'école, l'odeur des livres anciens, l'impression du labeur qui s'exécute, participent à la peinture de, ce décor intemporel. Ils enveloppent le visiteur d'une ambiance authentique, chaleureuse et familiale. Seule la photocopieuse émerge de ce paysage irréel et symbolise un point d'orgue interrogateur et ironique.

Un personnel bénévole

Les archives diocésaines sont actuellement ouvertes et mises à la disposition du public grâce à la générosité et à la gentillesse de père Félix Rausières. Prêtre responsable de la bibliothèque épiscopale et de la formation religieuse de groupes bibliques, il a reçu la charge des archives en 1992. II mène par ce biais un service, un accueil et une écoute. II vit cette fonction en continuité avec sa mission de prêtre. Les archives sont aussi pour lui de vibrants témoignages de vies chrétiennes. Elles révèlent l'histoire de l'Église et conservent une partie du message divin. II nous confiait en effet que "la foi est une révélation qui s'incarne dans le siècle. On peut rencontrer Dieu dans la philosophie mais Dieu nous a parlé dans l'histoire". Père Rausières est accompagné dans son travail d'archiviste par des bénévoles. Madame Paulette Aupoix est l'un d'entre eux. Ancien professeur de lettres classiques au lycée Clément Marot, elle représente une aide précieuse pour appréhender les textes anciens et pour le classement des fonds.

De riches fonds manuscrits

Les archives diocésaines détiennent quelques pièces historiques très intéressantes. Les monographies du chanoine Edmond Albe (carnets et brouillons compris), les fonds du XVII siècle concernant l'épiscopat d'Alain de Solminihac durant la contre-réforme et certains textes occitans représentent ainsi une grande valeur patrimoniale. Les actes de catholicité de paroisses, les registres des fabriques, les comptes rendu des visites pastorales des évêques, les pouilles e historique. Des archives plus anciennes, remontant aux XIII et XIV siècles peuvent également être consultées sur place. Copies exécutées aux XVI et XVII siècles ou textes authentiques, elles ont souvent été recueillies par le chanoine Albe pour confirmer ses écrits. Une opulente documentation régionale vient enfin compléter ces sources manuscrites. Elle s'accompagne d'un ensemble de cartes postales et de photographies et d'une collection de certaines revues contemporaines. Toutes les archives du diocèse ont donc été pour l'essentiel répertoriées. Le système déclassement choisi n’est cependant pas toujours adapté à la masse impressionnante des fonds.

Un public relativement ciblé

Même si certains particuliers viennent travailler ponctuellement, le gros des troupes des chercheurs qui côtoient les archives religieuses du Lot, se recrute parmi les étudiants (de maîtrise et de troisième cycle) et parmi les universitaires français et étrangers. Les généalogistes fréquentent également ce lieu de mémoire pour renouer le fil des successions de leur famille. Cet endroit permet donc de soulever la dalle du temps et de pénétrer la trame des événements. II permet une mémoire d'outre-tombe. II apparaît comme le creuset intime qui permet de fuir l'abîme sans souvenirs. Les archives offrent aux hommes la possibilité de se trouver des résonances. Elles permettent à chacun de se définir à la croisée des chemins et de se créer des racines.

A cause d'un manque de moyens financiers, les archives diocésaines ne peuvent engager les restructurations nécessaires. Des classements plus homogènes, un programme informatisé des fonds, une conservation plus scientifique des archives (lumière de 50 lux, papier neutre) apparaissent de plus en plus incontournables. Ces priorités exigeraient cependant une augmentation des effectifs et l’engagement de plusieurs personnes spécialisées à temps plein.

Corinne Casisava- La Vie Quercynoise – 22 mars 1996

 

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